Culture

Sahad Sarr, chantre solaire et engagé d’un « panafricanisme musical »

Talent brut et énergie euphorisante, Sahad Sarr s’impose comme l’une des figures majeures des musiques alternatives au Sénégal. Sur scène comme dans ses prises de parole, l’artiste incarne une vision engagée : celle d’un « panafricanisme musical » où les héritages africains dialoguent librement avec les sonorités américaines et contemporaines.

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Auteur-compositeur, guitariste et chanteur, fondateur du groupe SAHAD, il a façonné en une décennie un univers singulier, kaléidoscope de jazz fusion, d’afrobeat, de funk et de rythmes traditionnels sérères, maliens ou guinéens.


Une identité sonore affranchie des étiquettes

Surnommé le « James Brown sénégalais », Sahad revendique des influences multiples :
Fela Kuti pour la transe afrobeat,
Ali Farka Touré pour la profondeur blues,
Miles Davis et John Coltrane pour la liberté du jazz,
ou encore James Brown pour l’énergie scénique.

Mais au-delà des références, il insiste :

« Nous créons notre propre identité sonore. »

Dans un paysage souvent résumé au mbalax, Sahad rappelle que la scène sénégalaise est plurielle et en pleine effervescence.


“African West Station”, manifeste décolonial

Son dernier album, « African West Station », constitue l’aboutissement de cette démarche. Pensé comme une immersion dans une radio pirate imaginaire, le projet est nourri de quatre années de recherches dans les archives des musiques ouest-africaines post-indépendances (années 60 à 80).

L’album se veut à la fois hommage et manifeste. Un « plaidoyer décolonial » où s’entrelacent sons de Guinée, du Mali, du Nigeria ou du Ghana pour esquisser un imaginaire collectif ouest-africain.

Des titres comme :

  • « Ya Bon », critique des élites liées à la Françafrique,
  • « We Can Do », hymne à une jeunesse décomplexée,
  • « Ndakaaru », célébration de Dakar,
  • ou « Ne Mbife », ode aux femmes et à leur résilience,

illustrent cette volonté de conjuguer art, mémoire et engagement.

En avril, Sahad représentera le Sénégal au festival international de jazz jazzahead!, confirmant sa reconnaissance au-delà des frontières.


Un engagement au-delà de la musique

Indépendant jusqu’au bout, il a créé son propre label, Stereo Africa 432, et lancé le festival Stereo Africa à Dakar, dédié aux musiques actuelles du continent et de sa diaspora.

Son engagement ne s’arrête pas à la scène. À l’ouest du Sénégal, il a fondé l’éco-village Kamyaak, un espace de réflexion et d’action contre le changement climatique, la pauvreté et l’exode rural. Un lieu qu’il décrit comme une quête de réappropriation culturelle et spirituelle.


Une génération en quête de rupture

Pour Sahad, une nouvelle génération africaine revendique liberté, authenticité et responsabilité. Selon lui, la rupture avec les traumatismes post-coloniaux passe par le savoir, la création et la transmission.

« On sent une vague de révolutions en Afrique », affirme-t-il, convaincu que la musique peut être un levier de transformation sociale.

Avec son énergie solaire et son discours structuré, Sahad Sarr ne se contente pas de faire vibrer les scènes : il propose une vision. Celle d’une Afrique qui se raconte elle-même, par ses sons, ses luttes et ses rêves.


Auteur : AFP
Publié le : Mardi 24 février 2026